Le coq vierge peut tout aussi bien être le fruit d’une castration mal menée afin de chaponner un poulet, qu’un jeune coq engraissé et laissé seul, loin des poules et de ses congénères. Cette volaille exceptionnelle et rare a reçu tous les honneurs des gastronomes du XIXe siècle. Brillat-Savarin mentionne le coq vierge, comme Alexandre Dumas qui le préfère par dessus le chapon. Il aime « le célibataire des basses-cours » à la broche et ajoute « Ce serait l’outrager que de le piquer et le déshonorer que de le mettre en ragoût ».
Il a depuis disparu des grandes tables, demeurant un secret bien gardé chez certains éleveurs. Moins gras que le chapon, sa chair est fine et ferme, particulièrement savoureuse. Il était aussi élevé par les sœurs qui au premier signe d’intérêt envers les poules, l’enfermaient dans une cage d’un mètre sur un appelée « séminaire » afin qu’il engraissât.
On le prétend aphrodisiaque et une légende raconte qu’un habitant de Toulaud en Ardèche eut de nombreuses descendances. Conservant une verdeur exceptionnelle, il eut même une fille à plus de 80 ans et c’est sur son lit de mort qu’il livra son secret : l’élevage et la consommation régulière de coqs vierges.
Ce coq vierge est issu de la race Noire de Gascogne, engraissé au maïs et libre de vivre dans les coteaux. Au bout d’un moment des glandes compensent l’absence de production de testostérone et les hormones redémarrent.
Pour cette recette nous avons sélectionné un coq vierge du Gers de chez Xavier Abadie. Un élevage gascon sur les coteaux de l’Astarac qui propose des volailles de fêtes d’une qualité gustative magnifique. L’élevage est évidemment en plein air, la nourriture est composée de maïs et de lait, la chair est fondante, grasse comme il se doit, d’une densité et d’une texture parfaite. Le plumage est fait à sec, comme cela devrait toujours être, pour préserver les chairs. A noter la spécificité de cette race que Xavier, véritable passionné, a contribué à préserver, la poule noire gasconne.
Nous avons accompagné cette superbe volaille de quelques crosnes du jardin, de truffe bien mûre et de salade frisée craquante.
1. Préparation du coq vierge
Vider et bucler le coq vierge. Réserver ses abats pour une autre préparation. Habiller la volaille en retirant les écailles et les nerfs des pattes. Parer les ailerons, retirer le cou et le jabot. Ajouter une bonne pincée de gros sel dans le coq ainsi que le cou et la tresse d’ail sans ses têtes. Brider fermement et réserver au réfrigérateur sur une grille et à découvert pendant vingt quatre heures.
2. Cuisson du coq vierge
Préparer un bon feu de cheminée, embrocher le coq fermement en l’équilibrant parfaitement sur la tige. Remonter le mécanisme du tournebroche et placer le à trente centimètre des flammes. Badigeonner la peau au pinceau de graisse fine, placer la lèchefrite sous la volaille et laisser cuire environ trois heures en l’arrosant de son jus et de sa graisse toutes les demi heures.
La température à cœur des filets doit être de soixante degrés.
Préchauffer le four à soixante degrés.
Retirer la lèchefrite, disposer quelques braises bien chaudes sous la volaille pour parfaire la caramélisation de la peau. Débrocher le coq vierge, retirer la tige, le placer dans un plat muni d’une grille, comme une grille tourtière et laisser le reposer une bonne demi heure au four.
3. Préparation de la sauce
Dégraisser parfaitement le jus de la lèchefrite. Réserver la graisse. Faire réduire le vinaigre à l’état de glace. Ajouter le madère, laisser réduire puis verser le jus (environ 10 cl). Laisser bouillir une minute, vérifier l’assaisonnement, lier si nécessaire avec un peu d’arrow root et tenir chaud sans faire bouillir.
4. Préparation des crosnes
Frotter les crosnes dans un torchon avec un peu de gros sel pour retirer la peau. Les faire blanchir une minute dans une casserole d’eau bouillante fortement salée. Rafraîchir dans une glaçante, faire parfaitement égoutter.
Ajouter un peu de graisse de cuisson du coq vierge dans une cocotte, une pincée de sucre et un peu de sauce. Ajouter les crosnes et laisser cuire quelques minutes sur un feu vif jusqu’à réduction complète et belle caramélisation. Saler et poivrer puis tenir chaud.
5. Préparation de la salade
Récupérer le cœur très blanc de la salade frisée, le laver, le faire égoutter et l’effeuiller.
Préparer une vinaigrette avec une cuillère à café de moutarde, une de vinaigre, une cuillère à soupe de sauce, du sel et du poivre. Émulsionner cette sauce et réserver.
6. Préparation de la truffe
Brosser la truffe sous un filet d’eau froide. L’essuyer parfaitement et la peler avec un petit couteau d’office. Hacher finement la peau, ajouter une cuillère à café de ce hachis à la vinaigrette, mélanger. Réserver le restant du hachis et la truffe à part.
7. Finitions et dressage
Retirer le poulet du four, verser le jus qu’il aura rendu dans la sauce. Placer la saucière, le légumier et le plat de service en argent dans le four.
Découper la volaille par membres et placer au fur et à mesure sur le plat de service. Saler et poivrer.
Placer les crosnes dans le légumier, déglacer la cocotte d’une petite cuillère d’eau, laisser réduire et verser sur les crosnes. Fermer le légumier pour les tenir au chaud.
Mélanger la salade et la vinaigrette, disposer dans un saladier.
Ajouter le hachis de truffe à la sauce ainsi qu’une petite noisette de beurre froid, vanner et verser en saucière.
Apporter le légumier, la saucière et le plat de service à table. Servir les convives et garnir devant eux d’une belle râpée de truffe noire.
Déguster avec un très grand vin.